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Publié le 3 Juin 2016

Après 9 mois de travaux, l’Alimentarium - Musée de l'alimentation à Vevey sera à nouveau ouvert au public dès demain 4 juin, lors d’un grand week-end de réjouissances.
J’ai pu visiter le musée tout neuf mais encore en pleine préparation, entourée de journalistes très enthousiastes.

L'Alimentarium fait peau neuve

Disons-le d’emblée, mon rapport à l’Alimentarium est ambigu. Un musée de l’alimentation, c’est à mes yeux l’institution idéale, puisque rassemblant mes principaux centres d’intérêt : le partage des connaissances, la vulgarisation scientifique, la muséographie et la nourriture. Mais il y a un mais, et de taille. Il s’agit d’une Fondation Nestlé, entièrement financée par la multinationale tentaculaire. Un musée « de l’alimentation et de la nutrition » financé par une des (la ?) plus grosse entreprise agroalimentaire au monde, c’est un peu comme une chaire de médecine financée par l’industrie pharmaceutique : trop de conflits d’intérêts potentiels pour y accorder une confiance aveugle.

Laissant néanmoins mes a priori et mes griefs contre Nestlé de côté, j’ai assisté à cette visite de presse le plus objectivement possible, me réjouissant sincèrement de ce que j’allais découvrir.

L'Alimentarium fait peau neuve

Première observation : c’est très beau ! L’emplacement face au lac – et sa célèbre fourchette plantée dans l’eau-, la vue magnifique, le bâtiment néoclassique, la très bonne idée du jardin potager sur le chemin d’accès. Le ton et le thème sont donnés de belle façon. Les nouveaux espaces réorganisés sont lumineux et très classieux : unité de décor, design sobre et chic, moquettes au sol.

L'Alimentarium fait peau neuve

Le premier étage est désormais accessible librement (on nous l’a beaucoup répété), mais rien que de très normal puisqu’il s’agit de la boutique et des espaces de restauration : ateliers culinaires (j’y reviendrai) mais aussi café, restaurant et terrasse à la vue imprenable (le café servi est du Nespresso, vous vous en serez doutés).

La double présentation de l’Alimentarium « millésime 2016 » par Monsieur Rudolph Ramsauer, Président du Conseil de Fondation et la directrice du musée, Madame Ursula Zeller, met avant tout l’accent sur la volonté de faire du musée un centre de compétence et d’apprentissage à portée globale. S’agissant du premier musée consacré à l’alimentation, il a un rôle de pionnier. L’expansion par le numérique réoriente l’institution « nouvelle génération » qui aimerait passer d’une réputation régionale à un statut de learning center au rayonnement international. En effet, depuis 2014, diverses offres numériques ont progressivement été mises en place. Cet «e-museum » propose des MOOCs (cours en ligne), des jeux pour enfants, des applications spécifiques et un e-magazine. En 2015, une plateforme éducative nommée « Alimentarium Academy » a augmenté l’offre numérique par des fiches e-savoir, des lexiques et 50 vidéos d’experts.

Actuellement, 400 objets numerisés (sur les 10'000 appartenant au musée, c’est peu, mais c’est un début ?) sont visibles en ligne. Le catalogue numérique est une démarche qui me semble nécessaire. Pouvoir consulter les objets depuis l’extérieur est à la fois une démocratisation de l’accès au musée et au savoir, mais aussi une valorisation des collections et une autre manière de tisser du lien avec le visiteur (voir l’exemple exceptionnel du Musée d'Ethnographie de Genève dont les plus de 80'000 objets et 16'000 enregistrements audio sont disponibles en ligne). Les objets sont classés ici par époque, région ou thématique. Une fiche technique, une notice plus ou moins détaillée, des mots-clés, des suggestions et des boutons de partage complètent l’image de l’objet visualisable en haute définition et à 360°. C’est une interface complète, ne reste qu’à poursuivre l’inventaire en numérisant l’entier de la collection !

Si je salue et encourage la démarche, il me semble que parler d’« écosystème digital unique au monde » (sic) est pourtant un brin exagéré. De plus en plus de musées offrent une présence en ligne de qualité et développent des applications dédiées (prenons encore une fois l'exemple du MEG avec l'eMEG). Gageons que celle de l’Alimentarium saura se maintenir dans la durée, évoluer au fil du temps et étoffer son contenu scientifique.

L'Alimentarium fait peau neuve

Venons-en à la visite des deux étages supérieurs, organisés en trois secteurs : Aliment, Société et Corps. Je suis très peu convaincue par les sous-titres de ces trois espaces, qui donnent l’impression d’une mauvaise traduction et dont je ne vois pas l’utilité : Moi et l’extérieur, Moi et les autres, Moi et l’intérieur.

L’identité visuelle du musée a été entièrement revue et confiée à un graphiste zürichois, Lukas Wanner. Les espaces sont lumineux, murs blancs, bois clair et moquette violette au sol. La scénographie est unifiée, la circulation fluide et du Wi-Fi est disponible. Pas d’exposition temporaire, mais une exposition permanente qui, chaque année, suivra un fil rouge thématique, ce qui devrait permettre un tournus d’un tiers à un quart de la collection à chaque fois. Bon point.

 

Le secteur Aliment présente le parcours de la nourriture, de la nature à sa production, puis sa préparation et enfin sa transformation industrielle. Première constatation : il y a peu d’objets exposés, la majeure partie de l’espace est occupée par des installations interactives et ludiques. Les informations disponibles de manière immédiates sont ténues : textes informatifs succincts (en trois3 langues), cartels minimaux voire absents. Des bornes FAQ sont réparties dans les salles pour que le visiteur puisse y chercher plus d’informations. On nous explique que le but de la visite (durée estimée 1h30) est de prendre connaissance des thèmes, qu’il pourra approfondir plus tard. C’est un choix un peu trop extrême à mon goût. Un minimum de support informatif est nécessaire pour la bonne compréhension de la signification des objets et aider à interpréter le sens de l’exposition. De plus, laisser la médiation au multimédia seul (ou presque) coupe l’immédiateté de la présence physique de l’objet dans son milieu muséographique – ce qui reste quand même l’intérêt principal d’une visite en musée.

L'Alimentarium fait peau neuve

Une autre réflexion m’a étonnée, devant la mappemonde géante des « pérégrinations de nos aliments ». Trois consoles permettent de choisir un aliment et de visualiser son transport ainsi que le coût énergétique de ce dernier. C’est très parlant visuellement, mais il n’y a pas de volonté de faire de la sensibilisation, nous a-t-on dit. Des informations brutes donc, la réflexion est laissée au visiteur. Dommage.

L'Alimentarium fait peau neuve

Le secteur Société évoque les influences culturelles, familiales, religieuses. L’intimité, les souvenirs d’enfance et l’oralité. Les pratiques alimentaires d’un point de vue géographique et historique. Un grand mur est consacré aux réseaux sociaux et à la participativité : chaque visiteur peut y inscrire sa madeleine de Proust, souvenirs ou astuces culinaires voire recette. Certaines pourraient être reprises par les cuisiniers du lieu, nous souffle-t-on. Là encore, très peu d’objets et des informations minimalistes. Mais des vidéos, des enregistrements audios, des films. A noter la diffusion d’extraits de films culinaires (La grande bouffe, Le festin de Babette, Vatel) et de reportages sur des dérives alimentaires « à la mode ». Là aussi, pour en savoir plus, il faudra se rendre aux bornes FAQ de l’autre côté de la pièce. Les vitrines sont modulaires et l’important dispositif multimedia permettra de renouveler facilement le contenu présenté. Ainsi la grande fresque présentant les rites et fêtes ainsi que les lieux de consommation, à laquelle sont associés quelques objets. Il est aisé de comprendre comment le thème pourra être modifié simplement.

L'Alimentarium fait peau neuve

Au dernier étage se trouve le secteur Corps. Ambiance sombre pour faire ressortir les neurones géants qui baignent de leur lumière bleue le premier espace consacré aux 5 sens. Un parcours qui se veut labyrinthique et immersif, entièrement basé sur l’interactivité et les expériences. A nouveau, très peu d’informations écrites, mais des vidéos et des infographies. De nombreux dispositifs high-tech émaillent le parcours, tels des consoles gym cerveau, un dispositif d’eye-tracking développé spécialement pour l’Alimentarium ou encore des vélos assis nous indiquant en temps réel le nombre de calories dépensées et à quels aliments cela correspond. L’un des clous annoncés de l’étage : un tube digestif dans lequel nous sommes invités à progresser à l’image d’une pomme ingérée. En réalité, deux parois courbes tendues de velours rouge sur lesquelles sont placés des moniteurs diffusant des infographies sur les étapes de la digestion. Pas de tube complet nécessitant de se faufiler pour y entrer, d’aquarium se remplissant de liquide tel les sucs gastriques ou le bol alimentaire, pas de villosités à sentir de ses mains sur les parois. L’expérience reste très anecdotique, l'immersion pourrait être beaucoup plus prenante et ludique

Dernier espace du secteur, la Game Room, où un jeu en « réalité augmentée » est proposé aux visiteurs.

 

(Fin du compte-rendu et conclusion à retrouver ici lundi !)

 

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Rédigé par San

Publié dans #Evénements gourmands, #Miam' culture

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Publié le 15 Mai 2015

La nuit des exquis musées

Pour la troisième année consécutive, la ville de Genève participe à la Nuit des Musées. Et cette année, ça tombe drôlement bien, le thème est pour le moins alléchant !

Une nuit gourmande ? Pas seulement, le programme est HENAURME et s'étend sur tout le week-end. Cannibalisme, régimes alimentaires de l'Antiquité, épices, dégustation d'insectes, ... Il y en a pour tous les goûts et tous les âges. De la visite du Jardin Botanique à la lampe de poche au piano cocktail au MAH, vous y trouverez de quoi assouvir vos curiosités culturelles et gastronomiques.

 

Et pour se déplacer entre les 29 institutions participant à cet événement à travers tout le canton, des navettes aux noms évocateurs sont spécialement mises en place : Apfelstrudel, Bricelet ou Carac.

Toujours pas l'eau à la bouche ? Le pass exquis ne coûte que 10 chf pour tout le programme du samedi, et le dimanche est gratuit. De quoi se régaler à peu de frais !

 

 

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Rédigé par San

Publié dans #Miam' culture

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Publié le 12 Février 2009

Après de longs mois de silence, je suis de retour dans ma petite cuisine virtuelle ! Merci à tous pour vos messages qui m'ont fait chaud au coeur.

Pour cette reprise, j'aimerais vous parler d'un festival auquel j'ai eu la chance d'assister début janvier. Il s'agissait de fêter les 30 ans des Jardins de Cocagne, la première initiative d'agriculture contractuelle de proximité (AMAP en France) d'Europe, fondée à Genève en 1978 déjà. Pour l'occasion, un festival très intéressant sur le thème de la souveraineté alimentaire a été organisé, intitulé "Mangeurs d'avenir".




Cet article en sera un petit compte-rendu. Rien d'exhaustif mais quelques notes prises au vol, et surtout l'occasion de donner les références des films documentaires présentés, qui posent les bonnes questions et mettent le doigt là où notre système alimentaire fait mal... A voir, car nous sommes tous concernés.


Pour commencer le festival, projection du reportage accablant de Marie-Monique Robin sur la mainmise mondiale et les procédés terrifiants utilisés par la tristement célèbre société productrice d'OGM :

"Le Monde selon Monsanto" , de Marie-Monique Robin, France, 2007

Je l'avais déjà vu 2 fois (TSR2 et Arte), et j'ai donc zappé la projection, mais assisté au débat qui a suivi en présence de la réalisatrice.

Si vous ne l'avez pas encore vu, je ne peux que vous conseiller de le faire au plus vite. La bande annonce, divers extraits et même le film en entier sont disponibles sur le net.


 

Quelques points importants abordés lors du débat : "Paysans ou multinationales. Une agriculture à dimension humaine est-elle encore possible ?"

* Les méthodes de l'entreprise ont été largement débattues. Fausses promesses faites aux agriculteurs;  publicités mensongères; rachat de tous les semenciers et situation de monopole, violant la loi anti-trust (en Inde par exemple, impossible désormais de trouver d'autres graines de coton que celles de Monsanto); interdiction de réutiliser les semences l'année suivante forçant les agriculteurs à en racheter chaque année; méthode de dissémination sauvage de plantes OGM,  véritable strarégie de contamination organisée; contrebande de semences OGM dans les pays les interdisant; etc...


* Pas de possibilité de revenir en arrière, les OGM contaminant les autres champs (le colza par exemple est très sensible à la contamination). La filière traditionnelle disparaît à grande vitesse et la biodiversité est menacée (voir le maïs au Mexique par exemple). 


* L'insistance a bien été faite sur la différence entre les OGM actuellement plantés dans les champs (soja, colza, maïs et coton), qui sont des plantes pesticides (80 % sont conçues pour résister au roundup -puissant désherbant extrêmement toxique, produit par... Monsanto- les autres 20% sont conçus pour fabriquer une protéine insecticide nommée Bt) et les OGM potentiellement intéressants, comme les plantes résistantes à la sécheresse, mais qui n'existent pour l'instant pas et qui ne sont apparemment pas prêtes à voir le jour...


* Il est extrêmement dangereux de considérer les denrées alimentaires comme de simples produits commerciaux : l'alimentation est un droit ! Mais les révolutions vertes ont introduit la mondialisation dans nos assiettes et favorisé les variétés à haut rendement au détriment de la qualité. Le modèle désormais prôné est le suivant : peu d'agriculteurs mais avec de grandes surfaces. Les paysans deviennent des industriels de la terre...


* Les liens entre alimentation et santé ont également été abordés. Ainsi, depuis la 2ème guerre mondiale, pas moins de 106'000 molécules chimiques (pesticides, désherbant,...), non testées, ont été mises sur le marché. Il n'est sans doute pas anodin de rappeler que les producteurs de ces produits chimiques sont les mêmes qui produisent les molécules pharmaceutiques... Une véritable contamination chimique est en cours, l'explosion des cas de cancers chez les agriculteurs en est un signe. Une étude réalisée sur le sang de 500 nouveaux-nés a montré que chez tous, il y avait des traces de pesticides, dioxynes et même de PCB, pourtant interdits depuis 30 ans !


* Dernier point très intéressant : l'importance de la prise de conscience des consommateurs et leur pouvoir, en alliance avec les agriculteurs, face aux distributeurs. C'est d'ailleurs valable pour tous les produits de consommation. Il faut nous réemparer de ce qu'il y a dans nos assiettes, recréer le lien entre consommateurs et agriculteurs. Quand il y a une demande, il y aura toujours des solutions pour les satisfaire. A nous d'en être conscients et d'en faire bon usage !


Pour bien finir la première soirée du festival et faire de beaux rêves, projection de "Notre pain quotidien", de Nikolaus Geyrhalter, Autriche, 2007



Documentaire sans parole et sans commentaire, et il n'y en a vraiment pas besoin : les images suffisent amplement...
Ce documentaire fait partie des films que tout le monde devrait voir au moins une fois, histoire de bien se rendre compte d'où provient et comment est produit ce qui atterrit dans nos assiettes tous les jours... C'est édifiant !
L'industrialisation n'a vraiment aucun respect, ni pour les ouvriers (conditions de travail minables), ni pour ce qu'elle produit : végétaux arrosés de substances chimiques, plantés hors-sol sous serres, aucun suivi des saisons ni d'un quelconque cycle naturel. Animaux "produits" en masse, parqués, triés comme des pièces mécaniques, abattus et dépecés à la chaîne par des ouvriers au regard vide et blasé... Brrr...

Des extraits et le film sont également disponibles sur le net.


*** Deuxième jour ***


"Simplicité volontaire et décroissance" de J.-C. Decourt, France, 2007


Bonne introduction aux notions de simplicité volontaire et de décroissance.


Quelques notes en vrac, concernant surtout l’alimentation.


La conscience de citoyen doit l’emporter sur le consommateur, dans une société qui perd le sens des limites et qui fonctionne sur l'idée d'une croissance infinie.

En considérant la superficie totale de la Terre, il y aurait 1,8 hectares bio-productifs disponible par personne (pour une population de 6 milliards d’êtres humains). L’empreinte écologique d’un français serait actuellement de 4,8 hectares, celle d’un états-unien de 9,6, hectares contre 1,1 hectare en moyenne en Afrique.

La publicité créée de faux manques, nous rendant insatisfait de ce que nous avons,et nous faisant désirer ce dont nous n’avons pas besoin. Tout se définit désormais par l'argent, nous avons perdu toute notion de gratuité et créons les conditions de notre propre aliénation.

Il est fondamental de connaître nos ressources et de respecter leurs limites. Produire moins mais mieux, valoriser le qualitatif et non le quantitatif, réduire le gaspillage et les consommations inutiles, retrouver le bon usage des choses et redécouvrir les vraies saveurs.




"Paroles de paysans", de F. Ferrari et E. Simon, France, 2006


La parole est donnée à des paysans qui s’interrogent, se battent pour une agriculture plus juste, plus humaine, plus respectueuse de l'environnement.

 

Pour un producteur, maîtriser les coûts n’est possible que lorsqu’il fait de la vente directe, pour des produits sur lesquels il contrôle le filière complète, du début à la fin. D’où l’intérêt, pour les producteurs comme pour les consommateurs de développer le marché local, qui permet de garder des prix bas mais justes. Cela permet également d’éviter l’énorme gaspillage dû au calibrage par exemple.

La culture biologique (seulement 2% d’agriculteurs français font du bio), veillant à la qualité environnementale et des produits, n’est pas soutenue. Elle produit moins mais permet de retirer plus de marge grâce à des charges moindres (pas de pesticides ni d’engrais qui coûtent chers), et ce, sans subventions qui pour l’instant vont à une agriculture qui coûte cher à la société (pollution des sols, de l’eau, répercussions sur la santé des agriculteurs et des consommateurs,…).

Les petites exploitations disparaissent depuis que les agriculteurs sont devenus des producteurs de matière première pour l’industrie agro-alimentaire. En France, plus de 12'000 exploitations disparaissent chaque année.




"Au Cœur de la Proximité", de N. Petitpierre, Suisse, 2009

 

Film documentaire sur l'agriculture contractuelle de proximité (ACP, équivalent des AMAP en France) en Suisse romande, qui a été tourné durant l’été 2008.



 

Les Jardins de Cocagne, fondés en 1978, sont la première initiative contractuelle de proximité d’Europe. Aujourd'hui, plus de 420 ménages genevois reçoivent leurs paniers hebdomadaires de fruits et légumes.

L’idée était d’offrir de bons produits à des prix abordables mais justes, fixés selon les heures de travail nécessaires à leur production.

Contre les exigences croissantes de la grande distribution, les producteurs se réapproprient la chaîne de production et les marges, tout en écoulant tous leurs fruits et légumes, sans calibrage. Cela crée des liens entre la ville et la campagne, permet de cultiver en plus petite quantité tout en offrant plus de choix, et un échange direct avec les consommateurs.

 

En mars 2008, création d’une fédération romande d’ACP, réunissant 21 projets et plus de 7'000 coopérateurs.





"Nos enfants nous accuserons", de J.-P. Jaud, France, 2008




Chaque année en Europe, 100'000 enfants meurent de maladies causées par l'environnement. Dans un petit village français, le maire a décidé de réagir en faisant passer la cantine scolaire en bio. Ici commence un combat contre une logique qui pourrait devenir irréversible, un combat pour que demain nos enfants ne nous accusent pas.

Le modèle alimentaire moderne est dans l'impasse. Ce film essaie de démonter que des alternatives sont possibles : cantines bio et jardinage à l'école pour sensibiliser les enfants et leur faire retrouver le lien avec ce qu'ils mangent, alimentation saine et diversifiée, moins de superflu et plus d'essentiel.

Quelques chiffres :
* La pollution chimique serait responsable de 70% des cancers : 30% dus à la pollution environnementale et 40% dus à la pollution alimentaire. Des milliers d'articles scientifiques ont été publiés, mais peu pris en compte
* En 100 ans, 75% des espèces comestibles ont disparu
* En 25 ans, augmentation de 93% des cancers
* 140 millions de tonnes de pesticides sont utilisés par an dans le monde
*
Une pomme reçoit en moyenne 27 traitements chimiques
* Les problèmes de surpoids/obésité/diabète ont triplés en 20 ans
* L'alimentation est pour 30% responsable du réchauffement climatique.

Consommer bio n'est donc pas une question de prix, mais de prise de conscience et de santé. La production conventionnelle coûte en réalité 3 à 4 fois plus cher, mais ces frais sont externalisés vers les impôts,  notamment dans les subventions (pour la France, 9,5 milliards d'euros par an). et le prix de la pollution ,des eaux et du sol notamment, est également à ajouter. Ils sont donc en réalité beaucoup plus chers que les produits bios.
A nouveau, le consommateur est le déterminant par ses choix !


*** Troisième jour ***

"Miel ou déconfiture", D. Auclair, Suisse, 2008

Sur toute la planète, les abeilles dépérissent, victimes d’un mal mystérieux. Les abeillles vont-elles disparaître ? L'homme est-il responsable de cette catastrophe ? Pouvons-nous vivre sans abeille ? Plongeons dans l'intimité de la ruche !

Je n'ai malheureusement pas vu ce petit documentaire de 28 minutes, mais je me suis rattrapée en achetant le numéro spécial de La Salamandre sur La révolution des abeilles.


"Bio attitude sans béatitude", O. Sarrasin, France, 2006

Une culture sans produits chimiques est possible, plus respectueuse de l'environnement, des agriculteurs et des consommateurs. Ce film documentaire nous mène à la rencontre de paysans passés à la production bio dans différentes régions de France.



* Dès 1945, les méthodes de production agro-alimentaire américaines ont été introduites en Europe. Et qui dit agriculture productiviste dit engrais, pesticides, herbicides, bref, multiplication des sources d'exposition aux pollutions chimiques.  Les enfants nés entre 1970 et 1985 sont ceux qui ont été les plus touchés par une exposition massive à l'état foetal. Or, c'est à l'état foetal que l'organisme est le plus sensible et les gènes programmés. Les effets immunologiques et neurotoxiques sont réels, impliquant des problèmes dans les fonctions reproductrices, des cancers et des risques accrus d'obésité et de diabète.

* Le sol est normalement constitué à 80% de masse vivante (biomasse), permettant de nourrir les plantes correctement. Les méthodes de culture intensives affaiblissent le sol, qui ont alors besoin d'engrais, et des sols affaiblis donnent des plantes malades, qui ont alors besoin de divers traitements, préventifs et curatifs.
Si la production bio présente un bilan sanitaire bien meilleur, les aliments contiennent également 20 à 30% de substances nutritives de plus que les produits conventionnels.

* Les fruits arrivés à maturité sont fragiles et exigent des circuits de distribution courts. Ce qui permettrait d'éviter, par exemple, l'utilisation de colorant pour faire paraître les abricots mûrs, puis sur les mêmes, l'utilisation de retardant pour les conserver plus longtemps, ou d'innonder les fraises de fongicides pour leur faire supporter de longs transports... De plus, en rétablissant des circuits de consommation courts, les contacts sont privilégiés, la traçabilité augmentée et les prix diminués par la limitation des intermédiaires.

* L'économie de marché détruit les petites exploitations. Au nom du commerce, de nombreuses cultures vivrières ont été abandonnées, déséquilibrant la souveraineté alimentaire des paysans et les rendant dépendants des cours du marché. La standardisation menace également la biodiversité.

* Un producteur laitier explique pourquoi il a décidé de changer de mode de production, pour devenir producteur bio.  Auparavant, il nourrissait ses vaches avec du soja à bas prix, très riche en protéines afin d'avoir une surproduction laitière. Ce soja pousse au Brésil, où des paysans ont été expulsés de leurs terres afin de créer ces gigantesques monocultures destinées à l'exportation. Cela déstabilise complètement la production locale et crée de la pauvreté. Et comme grâce à ces protéines de soja, le lait est en surproduction, le surplus est transformé en poudre de lait, revendu au Tiers Monde... Il s'agit bien là d'une aberration totale, créant puis profitant de la pauvreté, que ce producteur ne voulait plus cautionner.

* Mais alors que faire ? Ne pas consommer ce que nous ne cautionnons pas, tout simplement. Acheter est un acte politique qui nous implique, il y a une réelle prise de conscience à avoir. Pouvoir consommer bio et de proximité est un droit que nous devons faire valoir.



"Pesticides non merci", J.-P. Vincent, M. Crozas et M. Peyronnaud, France, 2008

Voir le film.



Ce documentaire nous rappelle la présence de produits chimiques partout dans notre environnement quotidien : alimentation, maison, jardin, eau,...

* Certains cancers sont beaucoup plus fréquents chez les agriculteurs (et leurs enfants). De nombreuses études démontrent les dangers de ces produits, mais on ne croit pas ce que l'on sait. Cette attitude est criminelle, mais les intérêts industriels sont énormes et le problème difficile à résoudre.

* Dans le sang de nouveaux-nés, près de 300 substances chimiques ont été décelées, dont 200 substances toxiques et 187 potentiellement cancérigènes. Sachant que l'effet de produits utilisés il y a 20 ans ne sont constatés qu'aujourd'hui, et que l'exposition à de faibles doses sur le long terme n'est quasiment pas étudié par la science moderne, le constat n'est pas très rassurant.

* Il n'y a pas de transparence sur les analyses et tests pratiqués, et 'évaluation de l'impact sanitaire est fait par des entreprises privées : la recherche publique n'a pas les moyens de vérifier. Les doses de seuil ne sont données qu'à titre indicatif, il n'y a pas de calcul scientifique permettant de les déterminer, et pas de tests d'effets combinés, mais uniquement sur une seule substance active.


* Il est pourtant possible de légiférer sur l'utilisation des pesticides, et de limiter leur usage. En Suède par exemple, une diminution de 50% de l'utilisation des pesticides a été opérée avec succès ! Les mouvements de consommateurs sont très importants, et la responsabilité du citoyen-consommateur peut être décisive.



Et pour clore le festival sur une note un peu plus positive :

"Terre vivante", J.-F. Vallée, France, 2005

Pourquoi les agriculteurs mettent leur charrue à la casse et comment ils ont arrêté de labourer, pour laisser revivre une terre qui 'travaille alors largement toute seule'.
Rien de moins qu’une révolution ! Des paysans bretons, aux prises avec des terres appauvries, lessivées, polluées et polluantes, cessent de labourer pour pratiquer le semis direct. Ils ont pris exemple sur les agriculteurs brésiliens qui ont adopté cette méthode il y a des décennies, eux-mêmes inspirés par des agriculteurs états-uniens aux prises avec le Dust Bowl du Midwest dans les années 1930. Résultat : la terre travaille presque toute seule, sans s’épuiser, sans polluer, favorisant la santé écologique locale tout en donnant d’abondantes et saines moissons. Par conséquent, les paysans ont aussi plus de temps à eux et en profitent pour partager leur expérience avec des agriculteurs d’ailleurs. La contagion par l’exemple, tranquillement, inexorablement. Un film avec des paysans, fils de paysans, et des vers de terre.


Présentation par des paysans bretons de cette drôle de technique très intéressante :
 
* Le semis direct crée un tapis de résidus qui amortit l'arrivée de l'eau. En gardant de la substance organique sur le sol, l'eau ne ruisselle plus mais s'infiltre, il y a alors limitation de l'érosion et plus besoin d'apport d'engrais supplémentaire. 

* Les rendements augmentent et les coûts de production sont réduits par deux. La pratique de l'interculture, utilisée pour le fourrage par exemple, et de la rotation des cutures, pompe l'excédent de nitrates, empêche la prolifération de "mauvaises" herbes et travaille le sol. C'est le système racinaire des plantes qui travaille le sol, et plus les outils.

* Cela nécessite de bien connaître les plantes, leur complémentarité et de savoir les gérer. Mais permet aussi de redécouvrir qu'il y a de la vie dans les champs en épargnant les insectes et autres petits animaux ! L'agriculture redevient écosystème plutôt qu'agrosystème.




Voilà pour ce compte-rendu de festival. Mais rendez-vous tout bientôt pour de nouvelles recettes, faisant la part belle aux légumes d'hiver !


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Rédigé par San

Publié dans #Miam' culture

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Publié le 12 Août 2007

Cela faisait bientôt un an que j'attendais ce moment. J'avais eu le malheur d'apercevoir l'affiche sur le net l'été ou l'automne passé, et depuis, périodes d'oubli et d'impatience se sont succédées au rythme des teaser et des extraits disponibles sur la toile. Plus j'en voyais, plus j'adorais. Et plus l'attente devenait difficile !
Qu'est-ce qui me met dans un tel état ? Mais ça bien sûr !
 


Affiche-Ratatouille.jpg

 

Un rat qui veut devenir chef ??? Mais ils sont fous chez Pixar ! Seulement voilà... J'aime la cuisine, je crois que ce n'est plus vraiment un secret. Et... j'adore les rats aussi ! Une fascination qui remonte à loin, pour ces petits rongeurs d'une intelligence folle.
Alors le lendemain de la sortie (ben oui, le premier soir, c'était Mercredi de la SF et fête nationale), je m'y suis précipitée. Et là, dans la salle... j'ai perdu une bonne vingtaine d'années, au moins ! 

Je vous présente donc ma nouvelle mascotte : Rémy, le rat gastronome.
 
Remy-copie-1.jpg
Copyright Disney Enterprises, Inc. / Pixar Animation Studios

 

Cette animation est un vrai bonheur. L'histoire est originale, et même si le scénario est typique de ce genre de dessin animé, le sujet est abordé avec une rare intelligence. L'univers impitoyable des grandes tables y est parfaitement décrit, ainsi que l'ambiance si particulière des cuisines, rendue avec finesse et authenticité. Des chefs dont on utilise l'image à tort et à travers pour des produits surgelés à réchauffer au micro-ondes, aux acerbes critiques gastonomiques blasés, personne n'est épargné.

Mais plus que la peinture réaliste de la gastronomie contemporaine, c'est l'approche de la cuisine et du goût qui y est développée qui m'a particulièrement séduite. Ce dessin animé propose une vision magnifique des sensations gustatives : une expérience synesthésique, quasi extatique, d'une justesse admirable et montrée d'une jolie manière. C'est comme ça que je vois la cuisine, une symphonie de couleurs et d'odeurs, un mariage de toutes les qualités d'un ingrédient avec toutes celles d'un autre, qui ensemble deviennent quelque chose de nouveau. La cuisine, c'est de la magie !

Gageons que le réel bonheur de cuisiner qui transparaît tout au long du film, ainsi que la devise du chef "N'importe qui peut cuisiner !" saura émouvoir même les plus réfractaires, et qui sait, peut-être même susciter des vocations !

 

Pour l'occasion et puisque c'est la saison, voici ma recette de la Ratatouille. Un plat simple mais plein de saveurs et de soleil.




ratatouilles-legumes.JPG

Je la fais sans poivron. Et parfois même sans aubergine. Certains hurleront au crime de lèse-majesté, certainement. Mais dans sa cuisine, chacun fait comme il veut, na ! Je découpe chaque légume de la même manière, en petits cubes assez réguliers, et je les fais tous cuire ensemble et non séparément, c'est plus simple.
 

Commencer par faire revenir un bel oignon émincé en petits cubes dans de l'huile d'olive. Ajouter une courgette découpée de la même manière, puis une aubergine itou. Bien mélanger et laisser sur un feu assez vif pour 5 minutes. Pendant ce temps, découper 2 tomates bien mûres et les mélanger au reste des légumes. Baisser le feu, relever avec du thym et (c'est facultatif mais j'aime bien) un mélange de curry et/ou du piment doux (ou du paprika fort).



epices-ratatouille.JPG

Laisser mijoter, en remuant de temps en temps, pendant au minimum 20-30 minutes, mais plus la ratatouille mijote, meilleure elle est. Quelques minutes avant de passer à table, ajouter une gousse d'ail pressée et quelques feuilles de basilic. Ils parfumeront très agréablement le plat, bien plus que si on les avait incorporés dès le début de la cuisson.
 
Ne reste plus qu'à servir :
 

Remy-au-service.jpg

Copyright Disney Enterprises, Inc. / Pixar Animation Studios.
 

et à se régaler.
 


ratatouille.JPG

 

Bon Appétit !

 

 


Voir l'article Sergio sur Ratatouille.

 

 

 

 

Autre recette liée à un film :

 

 

 

 

Autre recette avec de l'aubergine :- Mammamia ! Les penne alla siciliana qui te font parler italien subito presto !


Autres recettes avec des courgettes :
- Velouté de courgettes à la bûche de chèvre

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par San des frangines

Publié dans #De saison, #Miams salés, #Miam' culture

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